Semaine nationale 2012 d’éducation contre le racisme

27 mars 2012

La licra Paris se mobilise dans le cadre de la semaine nationale 2012 d’éducation contre le racisme avec la projection du film « Harkis » suivi d’un débat. Cet évènement a été organisé par Martine Anquetil-Bernheim, Vice-Présidente de la Licra Paris, le 27 mars 2012 (voir le programme)

Les élèves et professeurs de onze classes de collèges et lycées parisiens (Bergson, Carnot, Paul Bert, Maurice Ravel, Jean Moulin et Paul Valéry) étaient conviés à 14h à l’Espace Reuilly pour la projection – débat sur les Harkis.

L’après-midi comprenait un discours introductif de Martine Anquetil-Bernheim, la projection du film « Harkis » relatant la vie d’une famille de Harkis paysans dans un camp en France, un exposé de Fatima Besnaci-Lancou avec Martine Anquetil-Bernheim et un débat avec les élèves. Fatima Besnaci-Lancou est fille de Harkis ayant vécu dans les camps français pendant 15 ans, éditrice ayant reçu le prix Seligmann 2005 contre le racisme et auteur d’ouvrages traitant de l’histoire et de la mémoire des familles de Harkis.

 

« 50 ans après, retour sur l’histoire traumatique des Harkis »


A titre introductif, et après avoir remercié la Maire du 12e arrondissement, Mme Blumenthal, les inspecteurs d’Histoire, les professeurs et les élèves, la Vice-Présidente de la Licra Paris a expliqué aux élèves quels étaient les trois rôles de la Licra. La Licra a un rôle de veille juridique, proposant des amendements aux lois existantes et des nouvelles lois en vue de rendre les textes plus justes. Elle a également un rôle de défense des victimes, en les aidant dans leurs démarches judiciaires par le biais de consultations juridiques gratuites, et de condamnation des racismes notamment dans le domaine sportif. La Licra a enfin un rôle de transmission afin de lutter contre le négationnisme et l’oubli.

Martine Anquetil Bernheim a rappelé que le sujet choisi cette année était « les Harkis », ces êtres humains qui furent massacrés, oubliés, cachés, relégués en France, leur propre pays. « Cinquante ans plus tard et en ne s’appuyant que sur les faits sans préjugés ni idées reçues, nous aborderons la situation, les causes et leurs effets ainsi que les conséquences tragiques de cette période : la fin de la colonisation et la décolonisation » a expliqué Martine.

Elle a conclu en expliquant aux élèves le but de cette journée, et plus généralement de la Licra : utiliser les films, mettre en place des débats afin de prévenir contre le racisme et surtout d’entamer une procédure d’apaisement et de réconciliation pour mieux se connaître, vivre ensemble, et notamment pour les élèves issus de familles Harkis, les aider à réparer une mémoire blessée et à mieux respirer dans leur environnement.

 

Projection du film « Harkis » réalisé par Alain Tasma à partir d’un scénario de Dalila Kerchouche et Arnaud Malherbe et produit par Serge Moati avec, entre autres, Leila Bekhti et Smaïn.


Ce film retrace l’histoire d’une famille de Harkis paysans dans un camp en France.

« 1972, le sud de la France, en pleine forêt, une famille aux maigres bagages découvre le nouveau camp où elle va vivre. Malgré le paternalisme affiché du chef de camps, les harkis ont la vie dure et aucune liberté réelle. Une vie de misère et de tutelle que Leila, la fille aînée des Benamar, refuse. Elle a l’âge de la révolte, celles du premier amour aussi. Pour elle, son père, marqué par la guerre et l’exil, habitué à plier, ne doit rien aux Français qui ne les ont pas protégés en Algérie… »

 

Les questions – réponses : un exercice riche d’enseignements


Onze questions ont été posées par les élèves à Fatima Besnaci-Lancou et Martine Anquetil Bernheim.

 

« Qu’est-ce que les accords d’Evian ? » Les accords d’Evian sont à la fois un accord de cessez le feu entre la France et l’Algérie ainsi qu’un ensemble d’accords d’aide et de protection de l’Algérie et de ses habitants qui prendront effet une fois le cessez le feu prononcé.

« Pourquoi les Harkis n’ont-ils pas été acceptés par les Français ? » Plusieurs raisons peuvent expliquer ce refus : le nombre de Harkis puisque le gouvernement français n’avait pas prévu de protéger les Harkis en grand nombre, le désintérêt de la France pour l’Algérie et le racisme à l’égard des algériens colonisés pendant 130 ans.

«  Les Harkis n’ont-ils pas été acceptés par les français car ces derniers avaient peur d’être trahis par les Harkis qui avaient déjà trahis l’Algérie? » La question de la trahison est une question importante. Certains, et notamment le FLN, considèrent que les Harkis ont trahi l’Algérie or il est important de savoir que les Harkis n’ont pas combattu aux côtés de la France par idéologie mais pour survivre et nourrir leur famille. Un ancien militaire ayant participé à la guerre d’Algérie est intervenu pour expliquer aux élèves que les Harkis ont été condamnés par les français à rester dans leur pays.

«  Y a-t-il eu, comme dans le film, des personnes qui ont aidé les Harkis ? » Des militaires, des associations (La Croix rouge, la CIMADE) ont aidé les Harkis à venir en France. Beaucoup de Harkis n’ont pas été dans les camps. En effet sur 90000 Harkis arrivés en France, de 50000 à 80000 Harkis ont été installés dans les camps.

« Est-ce que sans le FLN l’indépendance de l’Algérie aurait été possible ? »

Mme Fatima Besnaci-Lancou pense que la décolonisation aurait été possible sans le FLN puisque, à cette époque, un grand mouvement de décolonisation était en marche dans le monde entier. De plus, après la seconde guerre mondiale la France avait promis l’indépendance à l’Algérie et ne l’avait pas fait.

« Pourquoi avoir choisi le terme Harkis ? » Ce mot a pour signification « déplacement, mouvement » en arabe. Au début de la guerre, les militaires les ont appelés de cette manière.

« Que ressent aujourd’hui Mme Fatima Besnaci-Lancou envers les français ? » Mme Fatima Besnaci-Lancou rappelle qu’elle est française. Elle explique que, cinquante ans après, elle ressent peut être un sentiment d’injustice car deux camps existent toujours en France. Elle souhaite que l’histoire des Harkis soit enseignée de manière juste afin de combattre les idées reçues sur les Harkis.

« Comment est-ce possible que des Harkis puissent vivre encore aujourd’hui dans des camps ? » Les Harkis qui vivent encore dans ces camps n’ont aucune obligation de s’y maintenir. Etant restés plusieurs décennies au sein des camps certains Harkis ne voulaient plus vraiment partir car ils ne savaient pas comment.

« Comment est-ce possible que tant de Harkis aient accepté de vivre dans des camps ? » Les Harkis n’avaient pas d’autres solutions. Certains par le biais de réseaux militaires, associatifs, ont trouvé les moyens de s’installer en France et de trouver un emploi mais les autres n’ont pas eu le choix.

« Comment sont traités les Harkis en Algérie aujourd’hui ? » Certains Harkis restés en Algérie ont pu être protégés par leur famille et dans certains villages la cohabitation se passe bien. Le problème vient des autorités algériennes qui ne retranscrivent pas l’histoire des Harkis de manière objective et juste dans les livres d’Histoire. De plus les livres écrits sur les Harkis sont interdits en Algérie.

La question qui a clôturé l’échange avec les élèves représente le malaise qui existe encore aujourd’hui concernant les relations entre la France et les Harkis.

« La France a-t-elle reconnu le fait de ne pas avoir aidé les Harkis ? » Non, la France ne l’a pas reconnu…

 

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